Dans un récit où l’apparence devient une énigme profondément troublante, Aaron Schimberg plonge le spectateur dans une fable qui remet en cause les frontières entre l’être et son image. Débutant il y a deux ans aux festivals de Deauville et Berlin, ce film est désormais accessible sur Netflix.
Sebastian Stan, dont le répertoire inclut Bucky Barnes dans la saga « Captain America », a reçu l’Ours d’Argent au Festival de Berlin en 2024 pour ce rôle. Plus tard, il a également été honoré par le Nouvel Hollywood Award lors du cinquantième festival du cinéma américain à Deauville. Né en Roumanie puis exilé aux États-Unis, cet acteur a toujours célébré ces récompenses européennes. Pourtant, le film n’a pas trouvé de salle française avant d’être disponible sur Netflix.
Le personnage central, Edward, affronte une maladie génétique (neurofibromatose) qui altère son visage et lui impose un existence fragile. Il se cache derrière l’humour, cherchant à échapper aux moqueries du quotidien : le métro, son appartement sans confort ou même la méfiance de sa voisine Ingrid, jouée par Renate Reinsve. L’actrice, réputée pour ses travaux dans des réalisations variées comme « Valeur sentimentale » ou « Oslo », collabore également avec Sebastian Stan sur un autre film, « Fjord », primé au Festival de Cannes.
Un traitement miraculeux permet à Edward de retrouver une apparence plus attrayante. Il s’impose alors sous le nom de Guy, vendeur immobilier brillant qui réussit à séduire Ingrid. La jeune femme, dramaturge, écrit un spectacle inspiré de son histoire. « Je suis ce type », déclare Guy avant de récolter le rôle… mais il est remplacé par Oswald, interprété par Adam Pearson, un acteur dont la maladie génétique s’exprime directement dans son visage. Présent au même festival, Oswald devient l’emblème de ce qui échappe à Edward : réussite, relation amoureuse et même identité.
Malgré sa condition physique, Oswald réalise ce que Edward n’a jamais pu : il s’établit dans le monde réel. Il dérobe tout à Guy – le succès, Ingrid, l’existence même. « C’est une comédie », avait affirmé Aaron Schimberg avant la projection. Mais cette histoire, sombre et profondément réfléchie, pose des questions essentielles : qui reste quand l’apparence devient le seul reflet de soi ?
Patrick TARDIT
« A different man », un film d’Aaron Schimberg avec Sebastian Stan, Renate Reinsve et Adam Pearson.